mercredi, avril 18, 2007

Rappelle toi d'oublier !

Voilà mon dernier texte, je l'aime beaucoup. j'espère que vous aller l'aimer aussi. ^_^ Faites pas de conclusions hâtives en lisant ce texte là ok ?



Je voudrais vous raconter l’histoire de ma vie dans mon empire. Je suis le seul habitant de ce domaine où la liberté règne. Physiquement, il correspond à votre monde, mais il est indépendant. Ma liberté est souveraine grâce à l’impossibilité de vous et votre monde à me percevoir. Pourtant, j’occupe une place physique et j’agis dans le monde, mais mes actions sont soit oubliées, soit mal interprétées ; j’échappe aux sens. Pour vous, je n’existe pas, à l’abri dans mon monde. J’habite un appartement que les gens croient vaquants. J’occupe un poste d’un travail que les gens croient informatisé. Manifestement, je dois parler à certaines personnes pour payer mon loyer ou faire ma commande, mais ces personnes n’arrivent jamais à se rappeler de moi. Étrangement, ils semblent seulement se rappeler avoir parlé à quelqu’un sans se rappeler à qui ni du sujet dont ils ont discuté. Les rares cas qui se rappellent du sujet comme mon propriétaire qui se rappelle avoir récolter le loyer n’arrive pourtant pas à coller un visage ou une voix sur moi. Je peux donc faire ce que je veux et personne ne s’en rappelle : c’est de ce principe que ma liberté est née. Tôt dans ma vie, quand j’ai compris la situation qui m’englobait, j’ai abusé de cette liberté comme n’importe quel jeune qui est trop libre et pas assez focusé ou qui n’a pas assez de volonté. Ces abus m’ont servi à tester les limites de cette liberté. Je me sortais de n’importe quelle situation épineuse grâce à ce vide que je créait dans la mémoire. Je suis allé aussi loin que ma personne morale m’a laissé aller dans les actes immoraux. Inutile d’aller plus loin puisque je savais que je n’irais pas jusque là en temps normal. Rendu à l’âge adulte, j’ai fais exactement le contraire de tout ces tests et j’ai simplement observé le monde comme un film qui se présentait à moi. J’observait attentivement parce que j’avais compris que même si le crédit de mes actions ne m’était pas attribué, mes actions avaient quand même des conséquences. Je voulais observer pour apprendre comment agir pour aider les gens autour puisque je ne voyais pas l’intérêt de déranger d’innocentes personnes. J’ai commencé par de petites actions comme de la simple galanterie dans les espaces publics. N’ayant aucune craintes d’être mal interprété, je prenais chaque opportunités qui se présentaient à moi pour aider les gens autour. Puis avec le temps, j’ai décidé d’agir plus profondément dans la vie des gens. Une fois, une vieille dame m’a dit que je devais être un ange pour venir l’aider ainsi dans sa vie alors qu’elle en avait le plus de besoin alors qu’elle ne se rappelait pas que je lui avait demandé si elle avait besoin d’aide une semaine auparavant. Je n’avais pas le crédit de l’aide que j’apportais, mais au moins je savais que je rendais les gens heureux. Je vivais paisiblement cette vie de fantôme jusqu’à ce qu’une femme vienne anéantir cette liberté absolu avec une seule question innocente. Ce que je ne savais pas à ce moment, c’est que le même question avait détruit son monde à elle, en même temps.

Je lisais debout dans le métro avec de la musique dans les oreilles quand elle m’a approché. Elle s’est mise devant moi et m’a posé une question, mais je ne l’ai pas entendu. Par dessus mon livre, je voyais qu’elle attendait une réaction. Je l’ai regardé et à ma grande stupéfaction, elle me fixait droit dans le yeux. J’ai pris quelques secondes à chercher ce qu’elle faisait à me regarder ayant écarté la possibilité qu’elle m’ait remarqué et parlé. Toute petite, elle me regardait toujours avec ses yeux noisettes parfaitement noyés dans son pâle visage. Sa peau paraissait de soie et une longue tresse noire sortait par devant du capuchon de son manteau rouge. Ses lèvres ont bougé et j’ai lentement enlevé mes écouteurs, trop débalancé par la situation : c’est à moi qu’elle parlait. C’est seulement à ce moment, complètement ouvert à cette nouvelle situation que j’ai entendu sa question pour la première fois. Cette question qui fut fatale pour nos empires respectifs : De quel endroit ou de quel moment est-ce que je te connais ?

La liberté de mes actions n’étaient plus. J’avais la preuve qu’une personne pouvait se rappeler de moi et de mes actions et une personne était assez pour anéantir le caractère universel de ma liberté. Encore plus du fait que je n’avais aucune idée moi même de où elle pouvait me connaître. Elle m’avais remarqué sans que je m’en aperçoive et contrairement à toutes les autres personnes dans ma vie, elle s’était rappelé de moi assez pour me reconnaître et venir m’en parler. Devant mon silence étonné, elle a enchaîné en disant qu’elle était certaine qu’elle me connaissait et le prouva en disant où je travaille et dans quel quartier j’habite. J’approuvait à ses questions d’un mouvement de la tête, ralenti par la surprise. Toujours convaincu de me connaître, elle m’a demandé des nouvelles de ma vie et elle ne m’a même pas laissé le temps de répondre pour me demander si j’avais le temps de prendre un café avec elle à l’instant. Bien sûr que j’avais le temps et j’étais bien trop curieux de cette nouvelle rencontre pour la laisser filer bêtement. Je lui ai répondu que oui j’avais le temps en souriant et elle m’a répondu d’un grand sourire aussi, d’un sourire que je me rappelle encore aujourd’hui avec un chaleureux plaisir.

Séparé par une petite table qui devait se sentir de trop, nous nous sommes donné des nouvelles l’un à l’autre. J’ai porté attention à ce que je disais pour cacher le fait qu’elle est la première personne qui se soit jamais rappelé de moi. Plus elle me parlait d’elle, plus je prenais plaisir à la connaître. Elle me regardait la regarder jusqu'à ce qu’un de nous deux se détourne gêné, avec un regard souriant de la situation. On a échangé nos coordonnées pour pouvoir se recontacter et on s’est quitté avec une dernière surprise des plus agréables : au lieu d’un bec sur chaque joues, nos lèvres ont glissé pour s’embrasser dans le coin de la bouche, doucement, un après l’autre, comme si de rien n’étais, pour camoufler ces tendres idées qui s’étaient révélées.

Rendu chez moi, je me suis rendu compte de l’ampleur de cette rencontre. Malgré toute la joie que j’en ai ressenti, j’étais pris avec cette idée que quelqu’un m’avait remarqué. Elle m’a vu assez souvent pour connaître certaines choses sur moi. Peut-être que d’autres personnes se souviennent de moi, mais que seulement elle soit venu me voir. Peut-être que seulement la majorité des gens ne me perçoivent pas alors qu’une minorité est témoin de mes actions sans que je ne m’en aperçoive. Ma liberté serait alors illusoire. Je n’ai pas dormi cette nuit là. Incapable de laisser partir l’idée que toute ma vie, je vivais sur un principe qui n’étais que partiellement vrai alors que j’avais besoin de sa complète vérité. Les jours suivant, je regardais les gens avec l’oeil suspect d’être épié. J’ai arrêté de faire des bonnes actions, paralysé par la peur d’être jugé par cette minorité hypothétique. Les gens continuaient à m’oublier comme avant, mais la différence était dans mon esprit. Le germe du doute s’était ancré dans mon âme comme une mauvaise herbe dans un jardin zen. Une semaine est passé durant laquelle je ne faisais que penser à cette femme qui est venu détruire ma liberté avec le choc d'un baisé. Mon cœur avait trop aimé notre rencontre pour que je lui en veuille d’avoir fait cela. Après tout, elle ne le savait même pas. Je devais lui en parler. Je lui ai donc écris et nous avons pris rendez-vous le lendemain pour souper, elle m’a dit qu’elle avait justement beaucoup pensé à moi.

Au restaurant, je n’ai pas pu me contenir très longtemps. Je lui ai parlé de ma situation par rapport au monde qui m’oublie constamment et de l’effet de l’avoir rencontrer et de savoir qu’elle se souvenait de moi, de comment elle avait détruit ma liberté avec ses yeux souriants et sa tresse qu’elle portait encore ce soir là d’ailleurs. Au gré de mon discours, je l’ai vu rapetisser et se recroqueviller sur elle-même. J’ai dû m’arrêter pour m’excuser de la rudesse des mots que je lui imposait. Elle a levé les yeux vers les miens et une fine larme à coulé. J’ai alors compris que c’étais à mon tour d’écouter et elle a commencé à raconter son histoire à elle. Pour une raison inconnue, elle ne s’est jamais rappelé de personne. Aucun visage, aucune voix ne lui venait en tête lorsqu’elle entendait un nom. Jusqu’au jour où elle m’a vu dans le métro. Pendant environ un mois, elle me voyait quotidiennement et pour aucune raison évidente, elle se rappelait de moi d’un jour à l’autre. Elle regardait mes gestes galants et l’aide que j’apportais au gens. Elle me regardait aussi regarder les gens. Puis pendant presque un an, elle ne m’a plus revu, mon horaire avait changé. Puis, voilà une semaine, elle m’a vu dans le métro. Perdu dans mon livre, elle est venu m’y pêcher.

Mon cœur s’est allégé au fil de ses mots. Moi aussi, j’ai eu une petite larme et j’ai compris que comme moi, elle avait les yeux mouillés d’émotion et non de tristesse. Nous étions uniques l’un pour l’autre comme jamais on avait pu l’imaginer. Je me suis levé et j’ai fais le tour de la table pour la rejoindre. Elle m’a suivi des yeux puis des mains quand j’étais assez proche et finalement, je l'ai embrassée tendrement. Depuis ce soir là, on est ensemble. Je me rappelle des gens qu’on rencontre et les gens se souviennent d’elle pendant que nous, on se souvient l’un de l’autre, confortablement perdu dans notre amour.

3 commentaires:

Denis St-Laurent a dit...

Wow!
Quel beau texte, à la fois tellement proche des sentiments et tout aussi surréaliste.
J'ai beaucoup aimé. Bravo!

La Francine à ton popa a dit...

Je trouve ce texte très beau Bravo. J'aime beaucoup tes écrits. Il arrive que tes textes soient plus sombres, plus ardus même parfois mais jamais inintéressants.. oh que non!

ximaflore a dit...

J'adore! Continue d'ecrire, tu m'inspires! J'ai hate a un nouveau texte! En attendant, j'relis...

 
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